L’eau, est-ce la vie ou la mort ? l’expérience du projet "Give Them a Cup of Water" (GTCW), du CREDO, Woord en Daad ET l’Union Européenne

Toutes les 20 secondes dans le monde, y compris au Burkina Faso, un enfant meurt d’une maladie liée à la consommation d’eau insalubre et plus de 2,5 milliards de personnes vivent dans des conditions d’hygiène et d’assainissement épouvantables, dont 80% se trouvent en Afrique.

Au Burkina Faso, en 2006, le taux de couverture en assainissement était de 12% en milieu urbain. La majorité de la population rurale (90%) continue de se soulager en plein air et les maladies diarrhéiques représentent la première cause de consultation dans les centres de santé, soit 56,8% chez les enfants de 0 à 5 ans.

L’eau est essentielle à la vie et à la différence du pétrole, on ne lui connaît pas de substitut. A travers le monde, les hommes ont des goûts et des préférences variés en matière d’alimentation, mais l’eau s’impose à tous, invariablement, comme étant indispensable à la vie. En effet, pour maintenir un bon équilibre et son bien-être physique et mental, l’être humain a besoin de consommer au moins 2 litres d’eau par jour. Du reste, l’organisme humain étant formé à plus de 70 % "d’eau", on comprend pourquoi l’homme pourrait facilement se passer de tout sauf de l’eau.


Aussi dit-on que "l’eau c’est la vie" ! Cependant, il ne s’agit pas de consommer n’importe quelle eau. En effet, les 1,5 millions de personnes qui décèdent chaque année comme indiqué plus haut, ne meurent pas de soif mais de la consommation d’eau porteuse de germes pathogènes. La surface de la planète terre est recouverte à plus de 70% d’eau, mais seule une partie de cette eau, qu’on appelle l’eau douce, est propre à la consommation humaine. Ainsi, pour que l’eau serve à la vie et non à la mort, plusieurs conditions sont à remplir.

L’eau potable, celle qui est "source de vie", est en fait une denrée rare dont la mise à disposition et la gestion constituent une préoccupation mondiale inscrite aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Les pays en développement sont les plus touchés par les maladies et les décès liés à l’insalubrité de l’eau et aux problèmes d’assainissement. En Afrique de l’Ouest et du Centre, environ 155 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable.

Au Burkina Faso, près de 10 millions de personnes ne disposent pas de toilettes ou de latrines. En 2006, le taux d’accès à l’eau potable et aux dispositifs d’hygiène et d’assainissement en zone rurale était évalué à seulement 10% et en milieu urbain à 12% selon le rapport spécial de l’OMS/UNICEF pour la fourniture d’eau et l’Assainissement, paru en 2008.
Par conséquent, les maladies diarrhéiques représentent la première cause de consultation médicale, soit 56,8% chez les enfants de 0 à 5 ans. Seulement 12,8% des femmes ont un niveau de connaissance suffisant sur ces maladies et leurs thérapies, notamment la réhydratation par voie orale (sels de réhydratation, entre-autres traitements). Comme dans 60 pays en voie de développement, au Burkina Faso, plus de la moitié des écoles primaires ne disposent pas d’installations d’eau potable et les deux tiers d’entre elles ne sont pas équipées d’infrastructures d’assainissement, selon ce rapport publié par l’UNICEF.

Pour ces raisons, dans les pays pauvres, environ 400 millions d’écoliers souffrent de maladies liées aux parasites et autres germes pathogènes contenus dans les eaux insalubres qu’ils boivent. L’accès des populations à l’eau potable et sa gestion constituent donc une préoccupation majeure pour les Etats et les organisations non gouvernementales. Au Burkina Faso, l’accès à l’eau potable est l’une des priorités du gouvernement. En effet, pour un sujet comme celui-ci, les problèmes sont bien plus souvent mis en exergue que les acquis. Ainsi, si beaucoup reste encore à faire en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement, beaucoup a été aussi fait et il convient de le souligner.

Formation des enseignants sur la confection des postes d’eau potableEn effet, des centaines de partenaires et de collaborateurs s’activent aux cotés de l’Etat, pour que ce qui est sensé représenter la vie, ne tue plus. Afin de contribuer à relever ce défi, l’Organisation Chrétienne de Secours et de Développement CREDO, avec l’aide de son partenaire WOORD en DAAD, a obtenu un financement de l’Union Européenne, l’un des plus grands donateurs dans le domaine de l’eau et de l’assainissement au Burkina Faso, pour conduire le projet intitulé "Give Them a Cup of Water" (GTCW), en français : "Donnez leur une coupe d’eau". Le coût total du projet est d’environ 882,76 millions de FCFA (1,34 millions d’euros) avec une subvention de l’Union européenne d’environ 662,07 millions de FCFA, soit 75% du coût total du projet.

Le projet a été mis en œuvre durant quatre ans (juillet 2006 à Juin 2010) dans les provinces de la Sissili et du Ziro. Comme pour tout projet de ce genre, une étude préliminaire a été réalisée dans le Centre Sud, région bénéficiaire du projet. Les résultats de cette enquête préliminaire ont démontré que dans certains villages, les femmes ont à parcourir plus de cinq kilomètres pour se procurer de l’eau qu’elles transportent sur la tête. D’autre part, cette eau n’est pas potable et son accès est difficile. En outre, la majeure partie des villages ne disposent pas d’infrastructures d’hygiène et d’assainissement.

Par exemple, pour un village de plus de 1000, 3000 ou 5000 habitants sans dispositif d’hygiène, imaginez la quantité de matière fécale dispersée aux alentours ! Dans ces villages, comme c’est le cas généralement dans tous les villages du Burkina Faso, les habitants se soulagent soit très tôt le matin, soit au crépuscule, soit juste derrière leur maison, ou encore à quelques mètres des habitats. Dans ces conditions, des fragments de ces matières indésirables sont ensuite transportés par le vent ou les eaux de pluie dans les aliments et surtout dans les eaux de puits ou des mares, les rivières ou les marigots dans lesquels les animaux comme les hommes se désaltèrent. A vue d’œil, on peut constater que ces eaux sont indiscutablement impropres à la consommation humaine, mais par manque d’infrastructures et d’informations adéquates sur les maladies qu’elles peuvent causer, ces eaux insalubres sont bues par les populations locales.

Les perceptions communes sont unanimes sur le fait que l’eau est source de vie. Ainsi, à celui qui a la diarrhée ou des maux de ventre, on demande généralement "qu’as-tu mangé ?", mais jamais "quelle eau as-tu bu ?". L’eau est si essentielle et indispensable à la vie que la conscience collective ne peut admettre qu’elle soit source de maladies. Pourtant, des centaines d’enfants meurent chaque année des suites d’infections liées à l’ingestion d’eaux insalubres et au manque d’assainissement et d’hygiène. Si certaines personnes en meurent, bien plus nombreuses encore sont celles qui souffrent de maladies et en sont totalement affaiblies.
Le manque d’eau salubre et d’assainissement a de nombreuses conséquences graves. Par exemple, les enfants - et en particulier les filles - sont privés de leur droit à l’éducation parce qu’ils doivent passer du temps à aller chercher de l’eau au lieu de se consacrer à leurs études.
Voici pourquoi le CREDO et Woord en Daad, avec l’appui financier de l’Union Européenne, ont voulu contribuer à venir en aide aux populations du Centre Sud du Burkina, fortement victimes de ces maux.

Le projet "Give Them a Cup of Water" (GTCW) a eu pour but ultime de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations, en facilitant leur accès à l’eau potable d’une part, et en réduisant d’autre part les maladies d’origine hydrique par la pratique de l’hygiène villageoise et scolaire.

Pour donner corps à ces objectifs, quatre domaines d’intervention ont été retenus :

* la réhabilitation et la construction des points d’eau ;
* la construction de retenues d’eau ;
* la construction des latrines ;
* la sensibilisation des villages et des écoles en faveur de l’eau potable et de l’hygiène ;

La mise en œuvre du projet GTCW a ainsi permis la réalisation des résultats directs suivants :

61 villages de la zone d’intervention ont bénéficié des actions du projet, dont 74 640 personnes dans les provinces de la Sissili et du Ziro.

Si ces réalisations physiques sont essentielles pour la résolution des problèmes d’eau et d’assainissement dans ces régions, un énorme travail de sensibilisation a été conjointement effectué en amont et en aval, auprès des populations. Ainsi, pour changer les habitudes des populations, il ne suffit pas seulement de rendre disponibles les équipements requis. Encore faut ils que les comportements de chacun changent et c’est la raison pour laquelle le CREDO, qui dispose d’une grande expérience dans le domaine du développement communautaire, a mis en place une équipe exécutive compétente chargée de sensibiliser les populations à la nécessité d’adopter des comportements appropriés. Ainsi, des stratégies de sensibilisation participatives novatrices tels les théâtre-forums, les jeux et des concours d’hygiène ont été organisés avec succès.

Pour assurer la continuité des bonnes pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement ainsi que la maintenance des réalisations physiques, après le projet, 570 Binômes de santé villageois et 120 Artisans réparateurs ont été formés et équipés de 40 Caisses à outils.

Aujourd’hui, conformément au rapport des consultants qui ont fait l’évaluation du projet GTCW entre juillet et août 2010, 71,20% de la population a accès à tout moment à l’eau potable dans un rayon de moins d’un kilomètre contre 24,9% qui en a accès occasionnellement ;

94,74% des femmes (des villages bénéficiaires de retenues d’eau) pratiquent des activités de jardinage contre 26,32% avant l’aménagement des retenues d’eau, soit une augmentation de 68,42%.

Les différentes activités en matière d’assainissement ont été menées avec succès. 55,53% des habitants disposent désormais d’une latrine à la fin du projet, contre 27% à l’origine, soit une augmentation de 28,53% des ouvrages acquis par les familles et les structures publiques.

Les latrines sont utilisées par la plupart des ménages (96,90%). Les maladies d’origine hydrique ont connu une baisse de 29,61% en juin 2010, comparativement à l’année 2006.
Latrine familiale

Christian Relief and Development Organization (CREDO)
01 BP 3801 Ouagadougou 01
Tél. : (226) 50 34 59 37
Siteweb : www.credo.bf

fasozine

La lettre de Ouaga, Union Européenne



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