Environnement

Composter les tiges de cotonnier au champ pour accroitre la production agricole tout en respectant l’environnement et en réduisant les charges

Composter les tiges de cotonnier au champ pour accroitre la production agricole tout en respectant l’environnement et en réduisant les charges
Les agriculteurs de l’ouest du Burkina Faso, et en particuliers ceux de la Province du Tuy où intervient le projet Fertipartenaires, produisent une grande quantité de résidus de culture (tiges de cotonnier, pailles de céréales, fanes de légumineuses) et leurs animaux rejettent d’importantes quantités de fèces. Les quantités produites sont proportionnelles à la superficie cultivée et à la taille du troupeau de l’exploitation. Ces deux types de biomasses servent de matière première à la fabrication de fumures organiques.

Actuellement dans cette province, deux modes de production de fumure organique coexistent dans les exploitations : la production de fumier en fosse à proximité du lieu d’habitation et la production de poudrette dans les parcs de nuit chez les détenteurs de troupeaux.

La production de fumure organique sur l’exploitation est limitée par le nombre d’animaux présents, les moyens de transport des résidus de culture comme les charrettes, et par l’équipement en fosses fumières et compostières. Les exploitations équipées de charrettes produisent 3,7 fois plus de fumure organique que celles qui n’en possèdent pas, et celles qui possèdent au moins une fosse 2,8 fois plus. Comme actuellement, seulement 33% des exploitations possèdent une fosse et 50% une charrette, les pertes en biomasses végétales et animales qui pourraient être transformées en fumure organique sont de fait très importantes. On estime que seules 5 à 15% des biomasses produites sur les exploitations sont transformées en fumure organique, le reste étant dispersé sur les parcours (fèces), brûlé ou abandonné au champ (résidus de cultures).
Les tiges de cotonnier sont habituellement brûlées et une partie seulement des cendres est récupérée pour produire de la potasse de cuisine. Cette biomasse peut aussi être utilisée pour produire de la fumure organique.
Ainsi, depuis 2 ans, le projet Fertipartenaires expérimente la production de compost au champ à base de tiges de cotonnier (222 fosses compostières au champ cimentées à ce jour dans le cadre du projet) avec les agriculteurs de la Province du Tuy.

Des fosses à compost (3x3x1 m3) sont creusées au champ au cours de la saison sèche froide avant d’être stabilisées au ciment (3sacs/fosse) pour rendre durable les infrastructures (Figure 1 et Figure 2).

Le procédé consiste à collecter les tiges après la récolte du coton (1,7 t de tige au total pour une fosse de 9 m3), si possible tronçonnées (en morceau de 50 cm) et entreposées à proximité de la fosse avec les fèces (340 kg correspondant à 20 % du mélange initial). Les fosses sont remplies au moment du nettoyage des champs (avril-mai) en couche intercalées de tiges et de fèces. En raison des pertes importantes en volume qui se produisent au cours de la transformation du mélange initial en compost (jusqu’à 50 %), il est important de remplir la fosse en débordant largement sa limite supérieure. La décomposition des éléments démarre avec l’installation des pluies en hivernage et se poursuit dans la fosse jusqu’à la fin de la saison sèche suivante si les conditions d’humidité et d’aération sont contrôlées. Pour suivre le bon déroulement de la décomposition, on peut suivre la température (l’élévation de la température indique un processus de décomposition actif) et le taux d’humidité dans la fosse. Le retournement du compost encore humide permet de relancer la décomposition des tiges (1 à 2 retournements au cours des 3 premiers mois). Dès la fin des pluies, les fosses doivent être couvertes de paille ou d’une couche de terre afin de maintenir l’humidité. Une fosse de 9 m3 permet de produire 510 kg de compost à partir de 1 700 kg de tige et 340 kg de fèces. Le compost obtenu est riche en matière organique (57 % de MO) et contient des éléments minéraux enrichissant le sol (1,3 % de N, 1 267 mg/kg de P et 2 420 mg/kg de K).



La production de compost au champ résout une grande partie de la contrainte de transport (limité aux fèces). Elle demande peut de travail en dehors du remplissage (du hachage des tiges) et si possible du retournement de la fosse. Cette technique répond aux enjeux de l’augmentation de la production agricole et de réduction des dépenses en engrais comme l’indique les résultats d’un essai conduit chez 35 producteurs en 2009 sur une culture de maïs (Tableau 1). De plus, elle contribue à la fertilisation des sols grâce à un important apport de matière organique et à leur meilleur équilibre chimique.

Dans l’idéal, pour augmenter significativement la production de fumure organique chaque exploitation devrait posséder un équipement de transport attelé, une fosse compostière dans chaque champ et une fosse fumière sur le lieu d’habitation où est parqué le bétail.

Eric Vall et Mélanie Blanchard Fertipartenaires Janvier, 2009
Actions extérieures de la Communauté Européenne Subvention N° FOOD/2007/144-075 PROJET FERTIPARTENAIRES CIRAD-CIRDES-UPPCT-INADES Province du TUY 2008-2012

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