Vie du réseau

Faire des antennes WIFI avec des boites de conserve : un atelier de formation à Ouagadougou

Junior Lingonzu Mboyo est un représentant de Labo Mobile RDC. Ingénieur en télécommunication, il est aussi nanti d’un MASTER en service électronique et bien d’autres diplômes. Labo Mobile est une société de solidarité numérique basée à Dakar avec plusieurs représentations en Afrique. C’est une société qui a été créée par un grand défenseur de l’Afrique qui s’appelait Albéric Simon et qui est décédé il y a un mois et demi. Junior Lingonzu Mboyo a passé quelques jours au Burkina Faso pour former des administrateurs réseaux. Celui-ci nous parle avec fascination de la chance donnée par le wifi à l’Afrique pour répandre l’internet sur le continent.

1) Qui êtes-vous entrain de former et sur quoi porte cette formation ?

Je suis entrain de former actuellement des administrateurs réseaux de l’université de Ouagadougou. En fait, ce sont des techniciens de l’université, du CNRS et aussi d’autres centres affiliés à l’université de Ouagadougou. La formation porte sur les technologies sans fil et sur l’énergie solaire. Je viens d’une société de solidarité numérique basée à Dakar et qui se nomme « Labo mobile ». L’Afrique a tout pour se développer, mais il y a un problème de formation. On ne trouve pas de la main d’œuvre qualifiée. Mais au-delà de tout ça, des technologies peuvent nous permettre justement de se développer. Mais, on a encore un problème d’électricité. Vous êtes d’accord avec moi qu’aujourd’hui on ne peut parler de développement des nouvelles technologies sans faire allusion à l’énergie électrique. Or, nous en Afrique, on a l’énergie solaire qui fonctionne correctement et nous nous sommes dit que le départ de toute chose c’est la formation. Nous organisons des paquets de formation axés sur les technologies sans fil et l’énergie solaire. La présente formation est axée sur le wifi, le wimax, les courants porteurs en ligne et l’énergie solaire. Nous avons une philosophie de formation qu’on appelle « all in one », c’est-à-dire qu’on met toutes ces technologies ensemble et on donne un paquet de formations pratiques pendant cinq jours. En Afrique beaucoup de gens parlent formation, mais c’est très théorique. Donc là, nous nous sommes déplacés avec tout le laboratoire et les personnes formées ont appris sur le plan pratique comment installer, configurer, sécuriser et dimensionner des réseaux sans fil qui sont alimentés essentiellement par l’énergie solaire.

2) C’est quoi le wifi pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de cette technologie ?

Le wifi, c’est une technologie sans fil. Je crois que tout le monde aujourd’hui utilise d’une manière ou d’une autre le wifi. Le wifi, c’est le nom commercial qu’on a donné à la norme 802.11 qui est évidemment une technologie sans fil qui émet sur la fréquence 2.4 Gigahertz et 5 gigahertz. Ce sont les deux bandes de fréquences qui étaient utilisées avant par l’armée et les applications médicales. A présent, on a libéralisé ces fréquences qui sont devenues libres. Le réseau wifi est justement le réseau qui exploite ces deux bandes de fréquence. Aujourd’hui, ces réseaux wifi sont une opportunité pour l’Afrique parce que déployer un réseau sans fil en Afrique est conditionné par beaucoup de contraintes. Il faut avoir la licence, il faut qu’il y’ait des fréquences disponibles pour déployer ces réseaux sans fil et nous pouvons facilement connecter nos villages avec ces types de réseaux qui évoluent sur une bande de fréquence libre. On a aussi l’avantage d’avoir beaucoup de matériels qui intègrent le wifi. Aujourd’hui tous les ordinateurs viennent avec une carte wifi intégrée. Ces types de technologies peuvent nous permettre de connecter nos villages. Il faut dire qu’en Afrique, on a un problème sérieux de connectivité, les réseaux câblés n’existent pratiquement pas et si on doit maintenant mettre les réseaux câblés, on ne peut pas connecter toutes nos villes. Mais aussi, l’objet de cette formation est de permettre une maîtrise du wifi qui est une technologie qui évolue sur une bande de fréquence libre. Comme il y a un sérieux problème d’interférence avec le wifi, il y a de quoi former les techniciens pour qu’ils sachent exactement comment planifier pour éviter les interférences. Beaucoup de gens ne maîtrisent pas le wifi et ne savent pas qu’il peut faire des merveilles. Notre but, c’est de démontrer que le wifi ne fait pas que 100 mètres.

Aujourd’hui le wifi peut faire 300 Kilomètres et donc c’est un travail qu’on a mené avec ces étudiants pendant cinq jours pour leur montrer comment le wifi peut faire 300 kilomètres contrairement à tout ce qu’on dit sur le plan commercial. Il y‘a donc des avantages parce que, pour faire cette distance naturellement on utilise d’autres technologies qui coûtent très chères telles que le wimax. Si le wifi peut faire 300 kilomètres alors qu’il évolue sur une bande de fréquence libre, vous pouvez faire des connexions de longue distance, vous n’aurez pas à payer un centime parce que vous êtes sur une bande de fréquence libre et le matériel wifi coûte très moins cher. Vous pouvez même diviser par 100 les coûts d’une installation pareille en wimax ou dans une autre technologie.

Pour des pays comme le Burkina, le wifi, est une opportunité de développement. Il faut donc repenser la façon dont on doit attaquer la fracture numérique car aujourd’hui on ne peut pas lutter contre la fracture numérique avec la fibre optique. C’est une technologie qui coûte chère. Pour le Burkina, c’est une technologie qui va nous permettre de repenser la façon dont on va connecter nos villages. Avec ces technologies longue distance, ça vous permet d’étendre la connectivité dans des régions où l’opérateur ne s’est pas évidemment déporté. Avec le wifi, on a la possibilité de connecter les écoles, les universités, de faire des hot-spots publiques. La formation ne porte pas seulement sur le wifi.On peut maitriser cette technologie, mais il reste à savoir comment utiliser efficacement l’énergie solaire pour alimenter le matériel informatique.

Le problème c’est que tout le monde parle solaire, mais on ne pense pas correctement « solaire ». L’européen nous envoie des ordinateurs qui vous consomment plus de 200 watts. Qu’est-ce qu’on va faire avec ces ordinateurs. On a d’abord un problème d’électricité, c’est-à-dire que quand on veut parler solaire, il faut penser avec quoi on va faire le solaire, avec quel type d’ordinateur il faut faire le solaire. Il y ‘a eu évidemment beaucoup de projets sur le soleil dans ce pays ici, mais la particularité de cette formation, c’est que nous avons donné aux étudiants des outils qui vont leur permettre justement de choisir le matériel adéquat pour le solaire. Aujourd’hui par exemple, nous leur avons montré des ordinateurs qui fonctionnent en 12 volts, des ordinateurs qui consomment en tout et pour tout 20 watts. Ce sont ces types d’ordinateurs qu’il faut déployer à l’intérieur du pays même en ville pour réduire la consommation de l’énergie électrique. C’est une opportunité pour le Burkina dans la mesure où ça va nous permettre de couvrir les villes et les villages qui ne sont pas connectés.

3) Vous êtes convaincus de l’opportunité qu’offre le wifi au continent africain de se connecter, mais n’avez-vous pas peur des règlementations qui si elles existent, peuvent étouffer votre élan de propagation du wifi ?

Je suis d’accord avec vous. Mais je crois que l’africain doit prendre son développement en main. On peut être bloqué au niveau par exemple de la réglementation. Par contre, la réglementation de l’union de la télécommunication déclare que ces fréquences sont libres. Donc chaque pays rédige des règlementations suivant ses besoins. Je crois que ces fréquences sont libres. C’est à nous de prendre cet aspect et de développer les réseaux. Je ne pense pas que les politiques pourront nous bloquer du moment où ce sera pour l’intérêt du pays. Il sera très difficile à l’état de règlementer le wifi. Il est libre et chacun fait ce qu’il veut et c’est très difficile de maîtriser le wifi.

4) Vous avez conçu un équipement wifi pour démontrer que l’Afrique peut trouver des outils adaptés à son contexte. Dites-nous plus sur ce cet outil.

Nous recherchons des solutions télécoms bon marché pour les pays en développement parce que comme je le disais en introduction, les solutions technologiques existent. Mais es-ce-que ces technologies sont accessibles à la population ?C’est ça le problème. Il est possible de trouver des solutions moins chères pour l’Afrique. Ce que nous avons fait particulièrement. Nous avons montré aux gens comment fabriquer des antennes wifi qui peuvent faire 4 kilomètres avec du matériel local notamment les boîtes de nescafé. On a exploité ces boîtes de nescafé parce qu’elles répondaient justement aux caractéristiques des ondes sur la fréquence wifi et nous avons exploité cet aspect pour pouvoir utiliser ces boîtes de nescafé moyennant une modification et quelques calculs pour pouvoir capter le signal et produire des antennes qui font au moins 14 débits avec lesquels on peut faire une liaison de 4 kilomètres. Mais on ne se limite pas à là. Beaucoup de gens ont des routeurs wifi, mais ils ne savent pas que ces routeurs peuvent être modifiés.

Les routeurs sont fabriqués en Europe, en Asie, mais répondent aux normes et aux règlementations de ces pays. Par exemple en Europe, on a bien dit que le wifi en interne ne peut pas dépasser 100 milliwatt. Par contre, ici en Afrique, nous devons nous développer. On ne doit donc pas laisser ces routeurs (un routeur est un équipement d’interconnexion qui diffuse les ondes de wifi) avec des normes européennes. Nous utilisons des logiciels libres en l’occurrence Linux plus particulièrement pour modifier le système d’exploitation des routeurs qu’on peut trouver sur le marché et le convertir en un accès point wifi très intelligent qui peut vous faire des merveilles, qui peut vous faire des liaisons très longues distances. En même temps on utilise la parabole des télévisions pour faire des liaisons longue distance avec du matériel qu’on a fabriqué en local. On utilisait évidemment la boîte de Nido comme foyer. On peut faire une liaison de plus ou moins 10 kilomètres avec ces matériels. Le travail que nous faisons en perpétuel, c’est de rechercher des solutions bon marché parce que les solutions sont là, des solutions qui coûtent moins chères et qui vont permettre à un africain modeste de les mettre en place. C’est ça l’avantage du wifi. Aujourd’hui, les étudiants qui ont suivi la formation ont la possibilité de la pratiquer parce le matériel coûte moins cher.

Entretien réalisé par Marie Laurentine Bayala de TV-Wagues

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