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Changement climatique : les éleveurs du sahel en paient le prix fort !


Au Sahel, des milliers d’animaux meurent assoifes pendant la période de soudure

Dans le Nord du Burkina Faso, une nouvelle catégorie de personnes vulnérables voit le jour : les réfugiés climatiques. Saïdou Sambal est l’un d’eux. Dans les années 1990, le manque de pâturage et d’eau l’oblige à s’installer dans la commune de Déou, près du forage Christine[1]. « J’ai quitté mon village pour venir m’installer ici avec mon papa. Cela fait 25 ans que nous sommes dans la zone » confie-t-il avec un air de résignation.

A la recherche du précieux liquide

À cheval entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, le forage Christine est une source d’eau pérenne dont la zone d’influence couvre environ 100 000 ha. De quoi faire le bonheur des populations pastorales. Pendant la saison sèche, le forage Christine constitue une aire de repli et de transit pour des milliers d’animaux (bœufs, camelins, petits ruminants, asins).

Là, ils viennent se refaire une santé et surtout, se donner une chance de passer la période de soudure (mai à juillet). Mais l’enthousiasme s’arrête là. Surexploité, le groupe électrogène du forage tombe régulièrement en panne.


Recherche du liquide precieux, au Forage Christine

La dernière en date remonte en mai 2015, avec de graves conséquences. « Le problème crucial, c’est l’eau. Si vous faites le tour, vous verrez des animaux qui sont morts de soif » soupire Ousmane Hamadou, un éleveur nigérien. Depuis janvier 2012, Mohamed Youssouf Ag Ralès, un autre éleveur, a fui la guerre au Mali pour s’installer dans la commune de Déou.

Chaque année, quand l’eau se raréfie, il assiste impuissant à un triste spectacle : « Je subis de grandes pertes. Je prends à témoins les éleveurs de la zone. Entre mai et juillet, je perds au moins 100 têtes de bœufs. Les animaux font 3 à 4 jours sans boire, ils se déshydratent et meurent ».

Climat perturbé, animaux et éleveurs durement éprouvés

Les décennies 1970 et 1980 ont été très éprouvantes pour les éleveurs du Sahel. Beaucoup d’entre eux ont perdu leur cheptel sous l’effet des crises climatiques qui ont occasionné une raréfaction des pluies, l’appauvrissement des sols, la diminution voire la disparition du pâturage, etc. Abou Akasabi est le président de l’antenne Mali du Réseau Billital Maroobé[2].

La soixantaine révolue, Akasabi se remémore avec amertume ces années de disette. « En 1973, beaucoup de Maliens ont dû fuir leur pays parce qu’ils n’avaient plus de moyens de subsistance. Ensuite, il y a eu la sécheresse de 1985 avec les mêmes mouvements de populations vers le Burkina et le Niger. Nous avons perdu énormément d’animaux. Il ne restait plus que quelques chèvres et des camelins qui ont profité du pâturage aérien. Nous avons connu des moments difficiles ».

S’adapter pour survivre

La Commission économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pilote la mise en œuvre du Programme régional d’investissement agricole (PRIA) avec un intérêt particulier sur la prévention et la gestion des crises climatiques et autres calamités naturelles.

Pour le Dr Yacouba Sanon, expert auprès du département Agriculture, environnement et ressources en eau de la Commission, les crises climatiques affectent sérieusement les moyens d’existence des populations pastorales.

L’enchaînement des sécheresses et autres phénomènes climatiques a définitivement mis fin à l’espoir de certains éleveurs de reconstituer leur capital productif. « Ils sont rentrés dans un cycle de misère au point que certains d’entre eux sont descendus dans les grandes villes et ont versé dans la mendicité » regrette-t-il.

Aujourd’hui, plus de 60 millions de bovins et 140 millions de petits ruminants sillonnent le Sahel de part en part. Comment faire en sorte de développer les capacités de résilience des pasteurs au changement climatique ? Comment sécuriser un secteur qui représente plus de 5% du PIB régional selon les estimations de la CEDEAO ?

Pour Zakariaou Diallo, président du Conseil régional des unions du Sahel (CRUS), le regard des autorités politiques et administratives sur l’élevage doit changer. « Il faut que les États se penchent sur notre cas. A part l’élevage, on n’a pas d’autre activité. Chaque jour, les gens mangent de la viande. Ils boivent du lait, portent de bons souliers, de bonnes ceintures, mettent leurs documents dans des sacs en cuir. D’où provient tout cela ? De l’élevage. C’est grâce à l’élevage que nous arrivons à nourrir nos familles, à les soigner quand ils sont malades, à scolariser nos enfants, etc. L’élevage, c’est notre vie », tonne-t-il.

Mieux prendre en compte les besoins des pasteurs

A quoi ressemblerait donc un Sahel sans éleveurs et sans élevage ? Y aurait-il plus de richesse ou de pauvreté ? Plus de fixation des jeunes ou de migration vers les grandes villes, voire au-delà ? Face aux risques, la politique de l’autruche constitue la pire des solutions.

Pour améliorer les capacités de résilience des pasteurs, il est crucial que les Etats sahéliens accordent plus de ressources au secteur de l’élevage. Dans la majeure partie de ces pays, le soutien de l’Etat à l’élevage tournerait autour de 1% du budget national.

Pourtant, en 2005, les ministres chargés des ressources animales de l’Union africaine recommandaient que 30% du budget alloué à l’agriculture soit consacré de façon spécifique à l’élevage. Une recommandation restée lettre morte jusqu’à présent.

Comment promouvoir des économies résilientes si les acteurs de premier plan, que sont les pasteurs, ne disposent pas de ressources nécessaires pour accéder à l’aliment-bétail, à des infrastructures pastorales adaptées (forages, mares d’abreuvement…), à des zones de pâtures sécurisées, etc. ?
Le regard avide, ces eleveurs du nord du Burkina s’inquiètent des effets du changement climatique

Le regard avide, ces eleveurs du nord du Burkina s’inquiètent des effets du changement climatique

A l’orée de la tenue de la 21ème Conférence[3] des parties à la convention des Nations unies sur les changements climatiques (COP 21), les Etats sahéliens qui sont les plus vulnérables au changement climatique doivent définir de façon claire les approches et pratiques d’adaptation à promouvoir.

Cela comprend le développement de technologies résilientes, le soutien à la planification, les mécanismes de mise en œuvre et de financement pour alléger les souffrances de millions de pasteurs en Afrique de l’Ouest.

Abdoulaye Hama, qui se trouve à des milliers de km de Paris, ne prendra pas part à la COP 21. Pourtant sa survie se joue dans les discussions qui auront lieu en France. Cet éleveur du Nord du Burkina Faso, nourrit un vœu secret qui pourrait devenir réalité si nos Etats arrivent à inscrire la question de l’adaptation au changement climatique dans l’agenda des solutions à la Cop 21. « Le paradis de l’éleveur, c’est avoir accès à du bon pâturage. Avoir suffisamment d’eau pour ses animaux, des pistes à bétail pour accéder aux prairies. Si l’éleveur a tout cela, vous verrez des veaux qui courent entre les troupeaux, des femmes joyeuses assises devant leurs cases et des époux plein de fierté ». C’est cela le monde dont rêve Abdoulaye Hama.

Gaoussou Nabaloum
ABJCA



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