E-Agriculture

Madame Traoré née Lingani Assétou, transformatrice de produits locaux : Son business, le « consommons ce que nous produisons »

« Je suis en train de préparer une commande pour envoyer aux Etats Unis. Elle s’élève à plus de 23millions de FCFA. Les exportations pour Dakar sont estimées à 12 millions (de Janvier à Juillet). Dans la sous région en côte d’Ivoire, je peux avoir 300 000francs CFA par mois. A Niamey je peux vendre un million par mois ». Voici les propos de la responsable de l’entreprise «  Tout super  ». Ce n’est plus celle qui vendait de la bouillie et des galettes devant sa maison, en 1998.

La transformation du petit mil en bouillie, en grumeaux, coucous ; le maïs en coucous, en spaghetti ; le fonio en coucous, en Yongon frais, Yongon précuit, farine de fonio, Dèguè et coucous de fonio ; le Soumbala assaisonné, le piment assaisonné, des biscuits au pain de singe, le Gonré Fouré, Gonré arc-en-ciel, le Yongon surprise, brochette de soja, vermicelle de riz, œufs de Campana, …la liste est longue et non exhaustive. Ce sont autant de produits qui font l’établissement «  Tout super  », qu’elle a créé et qui a été formalisé en 2007 avec son inscription au registre de commerce.

C’est par un concours de circonstances qu’elle s’est spécialisée dans la transformation des céréales et des produits forestiers non ligneux. « Je dirais que c’est «  Dieu donné  » puisque je faisais la bouillie du petit mil et les galettes que je vendais devant ma porte. Un jour une amie est venue commander les grumeaux pour ses enfants qui se trouvent en Allemagne. J’ai acheté 5 plats de petit mil et j’ai fait qui m’a couté 1250. Quand j’ai fini de faire les grumeaux j’ai vendu à 6000 francs CFA, sans m’approcher du feu, donc je me suis dit que c’est une bonne affaire. J’ai fait une deuxième fois, mais cette fois je me suis promenée dans les marchés pour vendre. Les gens ne connaissaient pas et croyaient que c’était de l’engrais, il me fallait donc expliquer ». Voici toute l’histoire.

Aujourd’hui, ses meilleurs clients sont aux Etats Unis, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Niger

La porte des Etats Unis s’est ouverte aux produits de Dame Traoré grâce à une intermédiaire. « Il y avait une femme qui partait aux Etats Unis pour acheter ses marchandises. Elle prenait mes produits pour les revendre aux burkinabè qui y vivaient et qui voulaient souvent la bouillie ».

Un mauritanien qui y tient une boutique de vente de produits locaux s’intéresse aux grumeaux du Burkina et il prend contact pour commande. La demande étant forte, le partenaire mauritanien finira par déléguer un « envoyé spécial » à Ouagadougou. Nous sommes en 2013. « Pour un début, ils avaient commandé huit tonnes, mais cette année (Ndlr. 2015) la commande est passée à 22 tonnes de tout ce qu’on transforme. La bouillie à six tonnes, le piment assaisonné à 2 000 sachets, la farine du gombo 3 600 sachets, la farine de pain de singe 1 600 sachets, le Gonré précuit 3 200 sachets, la farine de maïs ça c’est une tonne, le Dèguè deux tonnes et demi, le soumbala en poudre 2 000 sachets, les crochets d’arachide que je viens de mettre sur le marché qu’ils ont commandés, 1 000 sachets également, il y a aussi la potasse que nous consommons ici, deux tonnes).

Plusieurs fois lauréate

Sa réussite, la chef d’entreprise la doit au « travail bien fait » et aux « innovations » qu’elle a su apporter. Son professionnalisme et son ingéniosité lui ont permis de rafler tous les premiers prix lors des salons et autres manifestations qui font entre autres la promotion de la transformation des produits céréaliers et forestiers non ligneux.

Au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou, (SIAO), au Forum national de la Recherche Scientifique et des Innovations Technologiques (FRSIT), aux Journées agro- alimentaires (JAAL) et dans les foires des pays de la sous-région, elle a remporté plusieurs prix, majoritairement les premiers. « Plus j’occupais les premières places, plus cela m’amenait à faire des recherches pour améliorer », nous confie-elle avant d’ajouter que « les organisateurs commencent à me demander de ne plus me présenter pour donner plus de chance aux autres », (Rires).

Grace à une ONG qui l’accompagne depuis 2005 dans la formation, elle a effectué des voyages d’études en France, au Bénin, au Ghana, au Niger et à Dakar entre autres. « J’ai formé des femmes au Niger dans la fabrication des spaghettis de maïs, de Yemé, elles ont eu beaucoup de prix. Beaucoup se sont lancées dans les vermicelles », se réjouit-elle.

Une créatrice d’emplois au Burkina et ailleurs

L’entreprise « Tout super » emploie à temps plein neuf personnes au Burkina. Mais quand il y a une commande, le personnel peut atteindre la trentaine.

« Aux Etats Unis je ne connais pas le nombre mais à Dakar, je travaille avec une vingtaine de personnes, même que j’ai une boutique là-bas. Ces boutiques ne vendent que mes produits et ceux des autres collègues que je ne produis pas », précise dame Traoré.

« Consommons Burkinabè »

C’est avec une fierté légitime, non dissimulée que Madame Traoré née Lingani Assiètou se plait à dire que le slogan « Consommons Burkinabè » est une réalité avec elle. Pas par patriotisme seulement, mais parce que c’est aussi du business qui marche.

Elle est davantage convaincue que le made in Burkina est mieux, avec les produits alimentaires périmés qui défraient la chronique depuis un certain temps.

« Cela va nous permettre de comprendre plus. On nous avait  dit «   consommons ce que nous produisons  », mais les gens n’ont pas compris. Les produits locaux, il n’y a rien de tel. Nous, nous travaillons sans les produits chimiques. Une fois le produit périmé, on ne le met pas sur le marché, on le jette. Les gens aiment tout ce qui est importé, mais avec le temps, ils vont comprendre. Les nombreuses maladies sont dues à tout ce qu’on mange sans vérification. Les produits locaux sont saints et contribuent à amoindrir les maladies liées à l’alimentation », foi de la patronne de « Tout super ».

A quelque chose, malheur est bon. Depuis que le scandale des produits impropres à la consommation a éclaté, elle a remarqué un certain regain d’engouement pour les produits locaux. « Cette année la bouillie a pris la place du café et le lait dans le petit déjeuner ».

Tiga Cheick SawadogoRetour ligne automatique
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