Plaidoyers et lobbying

Participation des femmes à la vie politique au Burkina de 1957 à 2009 : Quelques points saillants

Cet article présente quelques points saillants de la participation des femmes à la vie politique au Burkina de 1957 à 2009 . J’ai entrepris la recherche avec les objectifs suivants : décrire la situation politique des femmes au Burkina et questionner leur insuffisante présence dans la sphère politique ; dégager les facteurs positifs ainsi que les contraintes qui président à l’accès des femmes au pouvoir politique ; contribuer à la visibilité des femmes politiques burkinabè ; et proposer, sur la base des différentes analyses, des stratégies d’action susceptibles d’améliorer la représentation et la participation des femmes burkinabè en politique.

Pour atteindre ces objectifs, je me suis posée la question de recherche suivante : comment la division sociale des sexes se traduit et se reproduit dans l’univers politique du Burkina Faso ? Concrètement, sans rentrer dans les détails méthodologiques, j’ai examiné les trois dimensions suivantes : la première, les facteurs catalyseurs et les barrières à l’entrée des femmes en politique, la deuxième, le rapport des femmes au politique, c’est-à-dire les idées et les stratégies qu’elles développent et enfin, les propositions pour une meilleure participation des femmes à la vie politique au Burkina.

Du comportement politique des femmes Burkinabé

L’analyse a permis d’identifier globalement quatre grandes périodes dans l’évolution du comportement politique des femmes au Burkina Faso. La première période, de l’indépendance à la Révolution (1960-1983), peut être considérée comme une période d’initiation. La deuxième, la période révolutionnaire (83-87) a été celle de l’éveil des consciences et de décollage. La troisième, de 1987 à 1995 -fin de la première législature- a été une période de participation-observation. Enfin, la quatrième période, celle de la « revendication » en faveur de la participation féminine s’amorce en 1995 et prend son véritable envol à partir 2006-2007. La mise en perspective des caractéristiques socioprofessionnelles des femmes rencontrées m’amène à parler, pour ce qui est du portrait-type des femmes politiques burkinabè, d’une femme dont la participation politique s’enclenche de manière tardive. Croyante, elle possède un niveau d’instruction nettement supérieur à la moyenne des femmes burkinabè. Sa formation s’inscrit surtout dans le domaine des sciences humaines et sociales et elle occupe un poste moins prestigieux que son collègue masculin.

Des trajectoires-types d’accès au pouvoir

Au-delà des caractéristiques personnelles, socioculturelles et politiques identifiées, trois types de personnalités, non exclusifs les uns des autres, peuvent être dégagés pour décrire la trajectoire d’accès des femmes burkinabé aux sphères décisionnelles. On peut ainsi distinguer les femmes techniques politiques, les femmes techniques cooptées politiquement et les leaders d’associations cooptées politiquement. Une telle taxinomie, inspirée de la « filière d’accès » des femmes au parlement en France et en Allemagne proposée par Achin (2005) n’épuise évidemment pas l’ensemble des possibilités et est forcément réductrice. Elle permet néanmoins de mettre en lumière les convergences.

Les premières, les femmes techniques politiques, sont, en grande majorité, des femmes qui ont été actives sous la Révolution. Elles ont milité dans des structures révolutionnaires (Comités de Défense de la Révolution (CDR) de leur service ou de leur quartier de résidence), puis par la suite, dans des partis politiques. Parmi ces dernières, deux d’entre elles ont créé leur parti avant de rejoindre l’une (Juliette Bonkoungou-Yaméogo ) le parti au pouvoir et l’autre (Marlène Zébango-Kiello ), l’opposition.

Les deuxièmes, les femmes techniques cooptées politiquement sont des femmes qui arrivent au pouvoir sans être militantes d’aucun parti politique. Ces dernières se démarquent, non seulement, par le fait qu’elles possèdent un diplôme universitaire ou l’équivalent, mais se font aussi remarquer par leur plume, leur charisme et/ou leur leadership. L’analyse des itinéraires de ces deux premières catégories de femmes révèle une caractéristique commune, à savoir que la quasi-totalité d’entre elles ont été actives dans des mouvements (associations) scolaires ou étudiants.

La troisième catégorie de femmes politiques, les leaders d’associations cooptées politiquement, sont des femmes avec une éducation au dessus de la moyenne (mais pas forcément universitaire). Leaders d’associations féminines ayant plus ou moins une grande notoriété, elles mobilisent beaucoup de femmes à la base. Quelle que soit la trajectoire empruntée, les femmes rencontrent des facteurs habilitants ainsi que des contraintes pour l’engagement politique.

Les facteurs catalyseurs

Concernant les facteurs favorables à la participation politique des femmes, ils relèvent essentiellement du privé et des réseaux associatifs. Il ressort en effet de la recherche que ce sont les liens familiaux et personnels avec les caciques du pouvoir, la capacité à mobiliser un réseau social en appui à la participation politique, la détention d’une scolarité hors normes, la confiance en soi que peut renforcer l’appui de l’époux qui constituent les éléments déterminants pour l’accès et le maintien de ces femmes au pouvoir politique. Le fait d’être nommée à un haut poste exécutif, notamment celui de ministre, facilite ensuite l’accès des femmes au pouvoir électif (législatif et municipal). L’expérimentation de la politique des quotas par le parti au pouvoir a également permis d’augmenter le nombre des femmes pour les mandats législatifs et municipaux. Le mode de scrutin en revanche, notamment la proportionnelle réputée favoriser les petits partis et la diversité sociale n’a pas eu d’incidence sur leur présence.

Les barrières

A l’inverse, l’analphabétisme, la loi sociale fondamentale de la préséance de l’homme sur la femme, le refus de l’époux, l’insuffisance d’un réseau social et de ressources financières, surtout pour les candidates des petits partis ou n’ayant pas une bonne assise dans le parti au pouvoir constituent des contraintes majeures à l’accès des femmes en politique. La présence d’enfants en bas âge, en revanche, constitue une contrainte mineure, car les femmes politiques peuvent bénéficier, en général, de l’appui des membres de leur parentèle, ou font appel à du personnel de maison. En outre, le statut de mère permet aux politiciennes célibataires d’être considérées et respectées en société, étant donné que la maternité fait partie intégrante de l’identité féminine au Burkina.

Autres éléments à noter

Trois autres faits sont à noter :
Le premier est que certains facteurs tels le comportement du mari jouent dans l’un et l’autre sens, comme facteur catalyseur ou comme frein selon qu’il encourage sa femme ou s’oppose à son engagement politique.

Le deuxième, est que le facteur réseau personnel et social est un facteur surdéterminant que ce soit pour les femmes techniques politiques ou les femmes techniques cooptées politiquement ou encore les leaders d’association cooptées politiquement. En effet, l’important n’est pas depuis combien d’années tu milites dans un parti, - il ya des femmes non affiliées à un parti politique qui sont nommées ministres-, mais qui es-tu ? Quelle légitimité as-tu auprès de l’électorat qui, je dois souligner opère plutôt un vote affectif en fonction des individus-es et non, des projets politiques. La participation des femmes au pouvoir politique demeure ainsi accessoire et largement tributaire de la volonté ou des choix des caciques du pouvoir. Le troisième est que l’étude a démontré que le registre traditionnel où la femme est absente de l’exercice direct du pouvoir est toujours prégnant. La carte politique correspond d’une certaine manière à la carte sociale, c’est-à-dire que les sociétés qui, traditionnellement, font plus de place aux femmes sont celles également qui leur font le plus de place dans l’exercice du pouvoir moderne.

Le rapport des femmes au politique (idées et stratégies)

Pour ce qui est des idées et des stratégies, les femmes politiques rencontrées ont une position modérée entre conservatisme et progressisme. Elles veulent des réformes qui leur permettraient de partager largement le pouvoir mais n’attaquent pas de front le pouvoir en place : elles font essentiellement un travail de lobbying. Nombre de législatrices hésitent à parler au nom des femmes en argumentant que le ou la parlementaire représente tout le monde. En outre, elles travaillent à se conformer aux modèles stéréotypés du genre féminin. Les femmes mariées par exemple, ménagent les apparences et font une très nette distinction entre le privé et le politique. Plusieurs arrêtent la politique à la porte du domicile conjugal, c’est-à-dire que l’homme reste le chef de famille.

Les propositions pour une meilleure participation des femmes à la vie politique au Burkina

Désireuse d’assurer que la recherche menée aurait des retombées concrètes, il m’a semblé important, à son terme, de proposer diverses actions qui m’apparaissent susceptibles de générer une meilleure représentation et participation des femmes en politique au Burkina. Parmi celles-ci, la création d’un fonds pour le financement de leurs activités politiques, l’élargissement de la politique de quotas aux fonctions nominatives, l’introduction du thème des relations équitables et égalitaires entre conjoints dans le cursus scolaire des collèges et des lycées ainsi que la reconnaissance officielle des femmes et des hommes politiques qui œuvrent pour l’égalité des sexes, sont celles que je souhaiterais voir privilégier parce que cela fournira des ressources aux femmes qui désirent se lancer en politique et, surtout, favorisera un environnement familial ainsi qu’un environnement social plus favorables, voire enthousiastes à leur engagement politique.

En conclusion

En conclusion, l’étude présente les expériences des femmes burkinabè qui ont eu accès au pouvoir politique à trois niveaux : exécutif, législatif et municipal. Elle permet de saisir toute la dynamique qui se déploie autour de l’engagement et de l’accès des femmes à la sphère décisionnelle à trois niveaux : macrosociologique (inégalités culturelles et économiques entre hommes et femmes), mésosociologique (règles du jeu politique) et microsociologiques (rapports au sein de la famille restreinte et élargie). Elle a montré comment les rapports au sein de la famille, eux-mêmes structurés par la division sociale des sexes au niveau macro constituent la dimension centrale de l’engagement politique des femmes. Je voudrais poursuivre la réflexion avec quelques-unes d’entre elles pour reconstruire des parcours exemplaires dans chacune des trois trajectoires-types identifiées. Un fait à retenir : malgré les tensions que les femmes peuvent vivre en politique et la vive concurrence qui est la quintessence de l’engagement en politique, ce dernier reste gratifiant !

Lydia ROUAMBA (palingwinde@hotmail.com)

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