Genre et TIC

Les femmes africaines oubliées dans les TIC

« Je regrette aujourd’hui tous les sacrifices faits pour en arriver là car en raison de mon statut de femme mariée, je ne peux maintenant plus exercer dans ce domaine. Les horaires et les exigences de disponibilité ne conviennent pas à une vie de femme mariée affirmera une jeune malienne lors des enquêtes sur l’étude fracture numérique de genre en Afrique Francophone.

Dans la société agraire, les femmes et les hommes n’ont pas bénéficié du même égard en ce qui concerne la répartition des terres. Le même schéma s’est reproduit dans la société industrielle avec les outils de production. Nous sommes aujourd’hui, dans la société de l’information, et les femmes sont en train de signer leur entrée par la petite porte.

C’est ce constat qu’une étude récente sur la fracture numérique de genre en Afrique francophone vient de faire. Réalisée par le réseau genre et TIC, l’étude intitulée <> montre qu’en plus de la fracture numérique Nord/Sud, il existe une fracture numérique de genre en Afrique.

Ainsi dans les six pays concernés par l’étude (Bénin, Burkina, Cameroun, Mali, Mauritanie et Sénégal) l’on a trouvé que les femmes ont un tiers de chance en moins que les hommes de bénéficier des avantages et des opportunités de la société de l’information.

Selon la Commission Economique Africaine (CEA), les femmes qui représentent 50% de la population, accomplissent 60% du travail dans le monde. Mais elles n’y gagnent que 10% des revenues mondiaux et ne sont propriétaires que de 1% de la richesse mondiale. Dans le domaine de l’éducation les femmes ne sont pas mieux loties. Dans le rapport mondial sur le développement humain durable du PNUD, 2004, le taux d’alphabétisation des femmes adultes de plus de 15 ans était de 8,1% contrairement à 18,5% pour la tranche masculine.

Aujourd’hui, l’étude sur la fracture numérique de genre vient confirmer que le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication n’échappe pas à cette règle. Une étude intitulée <> montre que dans les six pays concernés par l’étude (Bénin, Burkina, Cameroun, Mali, Mauritanie et Sénégal) les femmes ont un tiers de chance en moins que les hommes de bénéficier des avantages et des opportunités de la société de l’information. On parle alors de fracture numérique de genre.

Il s’agit des disparités d’accès et de contrôle des hommes et des femmes sur les TIC, leurs contenus et les compétences permettant de les utiliser.

La recherche a montré que du fait de leur statut social, les femmes africaines sont pénalisées de tiers deux en terme de participation à la décision, d’un tiers dans le domaine contenus et des capacités, et d’un dixième en termes d’accès et d’accessibilité aux TIC.

Les politiques TIC ignore les réalités des femmes

Grâce aux nombreuses potentialités et services que les NTIC offrent aux utilisateurs, elles sont devenues incontournables dans les processus de développement des pays africains. Ainsi elles sont perçu comme des outils qui vont propulser le développement. Dans un tel contexte, les femmes à l’instar des hommes et des jeunes, personne ne doit rester en marge de cette société numérique. Car il est admis que le développement durable et équitable doit tenir compte de la problématique hommes femmes afin de garantir une représentation égale, la possibilité de participer et l’accès pour tous.

Cependant, la fracture numérique née d’une inégale répartition des nouvelles technologies entre pays riches au nord et pays pauvres au sud a fait irruption allant jusqu’à créer une disparité entre les homme et les femmes.

L’une des raisons serait due au fait que la plupart des politiques de promotion des TIC ne prennent pas en compte explicitement les réalités socio-économiques des femmes africaines.

Alors que la majeure partie des analystes des questions de NTIC qu’ils soient économistes, sociologues ou politiques s’accordent à dire qu’inscrire les NTIC dans une logique de lutte contre la pauvreté nécessite de mener des actions pour que le secteur bénéficie équitablement aux hommes et aux femmes.

Les TIC menacent l’équilibre hommes-femmes

Bien qu’investies d’un rôle social et économique prépondérant au quotidien, le rapport des femmes africaines aux secteurs des TIC part des expériences positives ou négatives. Les TIC m’ont ouvert de nombreuses voies et donné le moyen d’expression dont j’avais besoin pour exprimer mes aspirations, mes visions, ma personnalité...sans trop bouger. J’ai pu m’auto former, tant sur le plan de la culture citoyenne que des techniques, tout cela sans faillir mes devoirs de mère, d’épouse et de fonctionnaire , témoignait une mauritanienne créatrice de site web lors des enquêtes sur l’étude fracture numérique de genre en Afrique Francophone .

Malheureusement du fait de leur statut de femme, la plupart des femmes n’ont pas l’opportunité de tirer ainsi profit des TIC. Du coup, à l’image de nombreux secteurs économiques, politiques et sociaux, les citoyennes africaines de l’information sont désavantagées par rapport aux hommes.

D’une part, la vulnérabilité de la couche féminine africaine est liée aux contraintes socioculturelles et économiques de ces dernières. Du coup elles intègrent lentement ou difficilement ces nouvelles technologies. D’autre part cette fracture numérique de genre peut s’expliquer par le résultat d’un processus de socialisation différent pour les femmes et pour les hommes en matière de pouvoir de décision.

Je regrette aujourd’hui tous les sacrifices faits pour en arriver là car en raison de mon statut de femme mariée, je ne peux maintenant plus exercer dans ce domaine. Les horaires et les exigences de disponibilité ne conviennent pas à une vie de femme mariée affirmera une jeune malienne lors des enquêtes sur l’étude fracture numérique de genre en Afrique Francophone. Comme pour confirmer les dires de cette dernière, un jeune malien dira ceci : « Ma femme a un diplôme de technicien mais je ne veux pas qu’elle travaille. Elle ne va pas non plus au cybercafé car c’est un endroit ou les femmes se font draguer et aussi, quand elle va y prendre goût, elle risque de ne plus être à l’heure pour ses engagements. Elle utilisera Internet quand j’aurais la possibilité de lui acheter un ordinateur à la maison et de prendre un abonnement. Une ménagère du Cameroun, révèlera aussi mon mari n’accepte pas que j’aie un téléphone. Je lui est demandé a plusieurs reprise de m’en offrir un, mais il me répond que si je veux le divorce, je n’ai qu’a le dire . Pour corroborer ces faits, une jeune commerçante renchérira quel mari laissera sa femme aller au cyber pour faire quoi ? A moins que la connexion ne soit à la maison ! Donc au delà des problème d’accessibilité et de compétence, les TIC sont perçu comme potentiellement menaçant pour des l’équilibre des relations entre hommes et femmes. Cette construction sociale a historiquement été utilisée pour créer et pérenniser des inégalités sociales. Fracture numérique genre, la lutte engagée

Fort heureusement aujuord’hui, ces disparités de genre sont mises au rang des injustices qui minent les progrès économique et social du continent africain. la lutte contre ces injustices est internationalement reconnue comme une question de droits des personnes et de justice sociale, ayant un impact majeur sur l’équité et l’efficacité des distributions des ressources collectives.

C’est donc une dimension clé dans la lutte contre la pauvreté, pour le développement durable. De ce fait, en Afrique, on ne peut pas ignorer la question du genre dans le domaine des NTIC si l’on veut en profiter pour amorcer un processus de développement.

Actuellement, parmi les droits humains fondamentaux figure en bonne place le droit à l’information et à la communication. Et parmi les huit (8) objectifs de développement des Nations Unies pour le millénaire, quatre (4) ont un impact direct sur l’accès des NTIC et la formation de citoyenne de la société de l’information.

Il s’agit de réduire l’extrême pauvreté, assurer l’éducation primaire pour tous, promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomie des femmes ; assurer un environnement et mettre en place un partenariat mondial pour le développement en mettant les avantages des nouvelles technologies, en particulier les NTIC, à la portée de tous.

Pour pouvoir répondre au plus vite à l’exclusion des femmes de la société de l’information des dispositions particulières doivent être prises. Nous affirmons que le développement des TIC est porteur de multiples opportunités pour les femmes, qui devraient faire partie de la société de l’information et en être des acteurs clefs. Nous nous sommes résolus à faire en sorte que la société de l’information favorise l’autonomisation des femmes et leur participation pleine et entière a égalité avec les hommes, dans toutes les sphères de la société, à tous les processus de prise de décision. Nous devrions favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes et, à cette fin utiliser les TIC comme outil. Peut-on lire dans la déclaration de principe du sommet mondial sur la société de l’information, Genève 2003.

Mais quelle société de l’information pour les africaines ?

Etant des outils de partage et d’échange d’information, les nouvelles technologies de l’information et de la communication peuvent faciliter l’accès aux informations nécessaires et utiles pour le développement. Mais les TIC en elles même ne sont que des outils. Ces potentialités dépendent de la façon dont on les utilisent.

Ainsi, les NTIC peuvent être une solution aux problèmes des femmes africaines si elles leur permettent d’avoir accès à des informations stratégiques notamment en matière de santé, d’éducation de commerce et d’amélioration de leur statut.

Mais aujourd’hui, le constat que l’on peut faire est qu’il n’y a qu’une minorité de femmes représentant l’élite qui a accès aux NTIC en général. En ce qui concerne Internet par exemple, son utilisation par les femmes se limite souvent à la consommation de produits culturels venus d’ailleurs. Les contenus de ces produits ne répondent pourtant pas nécessairement aux besoins locaux des femmes africaines. Dans le domaine professionnel, les femmes qui interviennent dans le secteur de la communication assurent en majorité des tâches d’exécution.

Pour que les femmes deviennent des citoyennes à part entière de l’ère numérique, il faut qu’elles soient aussi des actrices. Il est admis que les femmes sont des experts en redistribution de connaissances. Il serait dommageable et dangereux que la nouvelle société en construction, celle de l’information, du savoir et de la sagesse partagée soit privée des connaissances pointues des femmes.

Pour assurer l’égalité de genre dans l’ère numérique, il faut tout d’abord que les femmes toutes autant que les hommes puissent avoir physiquement accès aux infrastructures et équipements nécessaires (téléphone portable, ordinateur, Internet). Mais cela n’est possible qu’avec une volonté politique affichée qui doit prendre en compte les besoins spécifiques des femmes.

De l’attention accordée aux familles et aux femmes dépendra la place que l’Afrique occupera dans cette ère numérique. Pour paraphraser le président Senghor, les femmes doivent s’engager pour être à ce rendez- vous du donner et du recevoir. Si les femmes n’ont rien à proposer elles seront encore réduites au statut de consommateur sans pouvoir de décision.

Roukiattou OUÉDRAOGO, Bukina-NTIC roukiattou@yahoo.fr

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