Country Gateway

TIC:La femme peut s’imposer par la déconstruction des stéréotypes

Dans la société, le rapport des filles à l’informatique part des expériences positives ou négatives. Leurs intérêts se façonnent en fonction des stéréotypes véhiculés par l’enseignement.

Les enseignants sont des vecteurs de stéréotypes. Ils véhiculent plus ou moins consciemment des préjugés sur le genre. Dans leur relation avec les élèves, la même attitude est présente. Aux garçons, la réflexion, la recherche, la découverte. Aux filles, l’acquiescement. Ces dernières n’ont donc pas l’opportunité de faire valoir leurs idées et d’exposer leur créativité. Le comble, c’est que les enseignants ne sont pas souvent conscients de leur influence sur les élèves. Or pour ces derniers, l’enseignant est une référence, une ouverture et une rencontre avec le monde scientifique ou universitaire. L’enseignant en somme est un modèle.

Au Burkina Faso, dans les lycées, collèges, universités et autres écoles de formations, il n’y presque pas de femmes, formatrices ou enseignantes en informatique. Cette faible présence de la femme-enseignante en informatique renforce les représentations sur les matières dites masculines ou féminines. Pour les élèves et étudiants, la référence est la personne de même sexe qu’ils ont en face d’eux. L’absence de modèles féminins conduit donc à une conclusion. Pas de place pour la femme en informatique.

Une socialisation différenciée.
Des contraintes structurelles empêchent souvent les femmes de se familiariser avec l’informatique. Les ordinateurs sont très chers. Le faible pouvoir économique des femmes ne leur permette d’en posséder. Lorsqu’il y a ordinateur à domicile, c’est le plus souvent l’homme qui s’en sert. C’est lui qui occupe la fonction professionnelle valorisée et considérée comme essentielle. Les femmes manquent de temps. Nombreuses ont celles qui ont un double emploi. Elles sont fonctionnaires et se doivent quotidiennement d’assurer les tâches domestiques, faire les courses, le ménage, préparer les repas... Conséquence : elles sont presque les dernières à se familiariser avec l’ordinateur.

La socialisation est la cause du gouffre qui existe entre les domaines choisis par les filles et les garçons. Il existe des normes sociales selon lesquelles garçons et filles doivent se comporter. Les stéréotypes de genre deviennent des normes. Les petites filles doivent être douces et aimer les poupées. Les petits garçons doivent avoir un goût pour les jeux de construction et un tempérament actif. Ces attentes deviennent une pression. Les enfants finissent par se conformer aux stéréotypes. On punit l’enfant qui n’agit pas comme espéré ou on lui offre les livres et les jouets qui correspondent à l’idée qu’on se fait de ses goûts innés. Le petit garçon observe et imite les adultes du même sexe que lui. Et comme prévu, les filles en viennent à préférer la littérature à l’informatique et à se sentir démunies face à un PC.

On imagine souvent que l’informaticien est un homme, peu soucieux de son apparence physique. Les filles sont en général encouragées dès leur plus jeune âge à valoriser leur apparence. Le métier d’informaticien est donc en porte-à-faux avec ce qui est attendu des jeunes femmes. S’orienter vers cette filière constitue une transgression de leur appartenance sexuelle. Les stéréotypes construisent une représentation simplifiée de la réalité. Dans la mesure où la réalité est plus complexe que ce qu’en disent les stéréotypes, des erreurs fatales en découlent. Ils influencent les performances des groupes qu’ils stigmatisent.

Au Burkina Faso, les filles représentent moins de 1% des étudiants dans les formations supérieures en informatique. Or les nouvelles technologies deviennent omniprésentes dans la vie, aussi bien au travail qu’à domicile. Ce faible pourcentage confirme une réalité. Les femmes sont utilisatrices d’un objet. Elles utilisent l’ordinateur sans le maîtriser, le comprendre au travers de son interface, de ses logiciels. Les femmes peuvent s’épanouir et être autonome dans ce créneau professionnel en pleine expansion.

Un modèle féminin pour s’identifier.

Avant même de quitter le domicile familial pour l’école, les filles sont déjà mal parties dans l’aventure informatique. La socialisation, via l’imposition de normes sociales, les éloigne de la technologie en général, et de l’ordinateur en particulier.

L’implication et l’appropriation de la technologie par la femme peuvent se faire par la valorisation d’un modèle féminin. Cette image doit être ressentie et ressortie positivement (les filles dans des rôles actifs, derrière les ordinateurs !) aux travers de supports visuels. Présenter des modèles de réussir est un encouragement à plus d’implication des filles dans le domaine. Plus il y a aura de filles dans les filières technologiques et scientifiques, moins le statut de minorité jouera. Et plus les stéréotypes seront battus en brèche par la réalité.

Appropriation des NTIC, Un tiers de chance en moins pour les femmes burkinabè.

Les femmes ont globalement un tiers de chances en moins que les hommes de bénéficier des avantages de la société africaine de l’information , telle est l’opinion de Sylvestre Ouédraogo, responsable de l’association Yam Pukri et auteur d’une étude sur la fracture numérique de genre au Burkina Faso.

L’accès, l’usage et la maîtrise de l’ordinateur, de l’Internet et du téléphone portable ont été considérés comme critères de mensurations de la disparité du genre. Les femmes, moins que les hommes maîtrisent l’usage de ces technologies. La fracture numérique du genre est une réalité inquiétante au Burkina Faso , constate Sylvestre Ouédraogo. Puis de poursuivre, Seules les populations jeunes et scolarisées en cycle secondaire semblent échapper aux disparités de genre.

Certes, la fracture numérique est réelle entre le Nord et le Sud. Au Burkina, ce fossé est visible entre les campagnes et les villes. Toute ou presque la totalité des infrastructures se trouvent dans la capitale politique Ouagadougou. Pire, la fracture est criante entre les citoyens d’une même ville.
A Ouagadougou, plus de 90% des femmes travaillent dans le secteur des NTIC. Elles sont secrétaires en bureautique, informatique, Gérantes de cyber ou télécentres, ou agents d’agences de téléphonies...

Quant aux femmes des milieux ruraux, elles possèdent de nombreuses compétences en matière d’artisanat et de culture agricoles. Même analphabètes, certaines d’entre-elles sont au parfum des avantages liés à l’utilisation des NTIC. Ne disposant pas d’infrastructures et n’ayant pas reçu de formation concernant l’utilisation des NTIC, ces femmes ne peuvent s’en servir. Pourtant, les NTIC peuvent faciliter les échanges de connaissance et d’expériences, jouer un rôle dans l’organisation de leurs activités.
Actrices de changement et de progrès, elle, avec les NTIC, peuvent promouvoir leur visibilité en mettant en exergue leur compétence.

Au Burkina Faso, l’accès aux NTIC doit être perçu au même titre que l’accès à l’eau potable, aux soins de santé, à l’éducation et à l’emploi, pour les femmes. Avec une accessibilité aux NTIC, le genre féminin participera réellement au développement durable du Burkina Faso.
Les NTIC ne doivent plus être considérées comme un passe-temps de luxe pour les plus nantis. Elles doivent être appréhendées comme un transformateur positif de la qualité de la vie des collectivités pauvres et marginalisées.

Mieux, les femmes doivent commencer à exploiter les NTIC en tant qu’outil de renforcement des capacités et de développement humain. Pour ce faire, la création dans des villes et dans les milieux ruraux, des centres d’accès aux NTIC doivent se faire. Dans ces lieux, elles seront formées à l’utilisation de l’informatique et l’Internet. Ces lieux doivent véhiculer les informations sanitaires, agricoles, économiques. La connaissance, par exemple, des prix des produits agricoles et artisanaux sur les marchés urbains, et la mise en réseau avec des associations sœurs du monde favoriseront les échanges d’expériences, de partage de connaissance et du savoir faire.

La technologie constitue un outil d’émancipation pour les femmes. Les Nations Unies placent désormais l’accès aux technologies de l’information, après la lutte contre la pauvreté, l’exclusion et la violence, au cœur du devenir de la condition féminine.
Aussi bien l’émancipation des femmes du Burkina que de celles de toute l’Afrique dépend des décideurs politiques, de la société civile et du secteur privé. Une prise en compte du statut de la femme, pour une société de partage et de connaissance plus juste et plus inclusive, réduira les disparités de genre.

Ramata Soré



Les plus récents de cette thématique