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Lutte contre la corruption : Le nécessaire examen de conscience individuel

Quelques questions préliminaires s’imposent, nous semble-t-il : qui d’entre nous n’a jamais rêvé, au sens propre comme au sens figuré, de posséder une fortune colossale ? Qui d’entre nous ne s’est pas encore surpris en train d’envier quelqu’un qui possède une villa cossue ou une voiture futuriste ?
Qui d’entre nous ne s’est jamais soudainement dit que s’il pouvait disparaître comme par enchantement, il rendrait visite aux coffres forts de la première banque qu’il trouverait sur son chemin ?
Enfin, qui d’entre nous ne s’est jamais dit face au malheur qui le frappe que tel ou tel personnalité l’aideraient à coup sûr s’il la connaissait et s’il pouvait l’approcher ? Peut-être bien que ce type de personne existe, mais il doit aussi rare que les cheveux d’une personne souffrant d’une calvitie de quarante ans.

C’est dire qu’en nous et en chacun de nous existe et vit en permanence cette volonté de vivre une existence qui soit en adéquation avec nos rêves, nos prétentions, nos ambitions. Seulement, le mal, ce ne sont ni ces rêves, ni ces prétentions, ni ces ambitions.
Le mal est que pour des raisons liées à la manière dont nous avons intériorisé la morale, à notre entourage social et professionnel, au système économique et politique en vigueur et au contexte sous-régional et international dans lequel nous baignons, la satisfaction des besoins secondaires et même tertiaires prend le pas sur le système de valeurs.
Ainsi, quand coûte que coûte, vaille que vaille, nous tenons à faire fortune quitte à ce que ce soit au détriment d’un tiers (l’Etat ou notre prochain), c’est la porte ouverte à la vénalité synonyme de corruption. C’est en fait ce que dénoncent les religions en général et les religions révélées en particulier :
Mammon (mot signifiant richesse mais personnifié dans certaines circonstances et dont les origines sont parfois attribuées aux Arméniens, aux Juifs ou aux Phéniciens) a gagné le cœur des humains, diront les chrétiens. La dénonciation est sans équivoque dans la Bible :
"Aucun homme ne peut servir deux maîtres : car toujours il haïra l’un et aimera l’autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon" Matthieu (6 : 24). Il aura donc à en répondre le Jour du Jugement dernier.
Il en est de même chez les musulmans comme en témoigne la sourate At-Takâthur (La course aux richesses) : « Ces biens que vous amasser et dont vous profitez abondamment ne sont pas que des bienfaits, c’est aussi une façon de vous éprouver, car pour chacun de ces bienfaits et signes d’aisance vous serez certainement appelés à rendre des comptes dans l’Au-delà ». Cette recherche des biens d’ici-bas préoccupe tellement les humains qu’ils n’ont guère le temps de rechercher des choses plus nobles dans la vie.
En somme, les deux livres saints avertissent les humains des regrettables conséquences de l’adoration de ce bas-monde, qui fait qu’ils dépensent leur vie, jusqu’à la mort et souvent de n’importe quelle manière, pour amasser richesse sur richesse, pour acquérir des biens matériels, pour rechercher des plaisirs, des positions et des pouvoirs, se vantant et en s’enflant d’orgueil entre eux pour ce qu’ils ont acquis.
Une réalité inhérente à l’être humain
A ce danger très peu de personnes échappent, car le ver est déjà dans le fruit : le péché originel du christianisme occidental n’est pas autre chose que la reconnaissance de l’imperfection de l’être humain et du fait qu’il est permanemment soumis à toutes les tentations qui prennent appui sur les charmes de ce bas-monde.
De même, l’admission par les musulmans de la présence permanente d’un ange et d’un suppôt de Satan aux côtés de chacun de nous atteste du fait que nous tanguons entre le bien et le mal à tout moment.
Les psychologues, quant à eux, appellent cela les pulsions de mort (incarnées par Thanatos, le dieu grec de la mort) et les pulsions de vie (symbolisées par Eros, dieu grec de l’amour)
La pulsion est une force qui agit en permanence et qui suscite une certaine conduite. La source des pulsions est corporelle. C’est un état d’excitation (comme la faim, la soif, le besoin sexuel...) qui oriente l’organisme vers un objet grâce auquel la tension sera réduite.
Enfin, sous nos tropiques, on dit que ‘’l’être humain est 9, pas 10’’ ; 10 étant l’expression de la perfection.
Ce chemin, pour le moins tortueux, que nous avons emprunté veut aboutir à ceci : ils sont de plus en plus nombreux à dénoncer la corruption (ce qui est louable), mais malheureusement ils sont de moins en moins nombreux à pouvoir montrer patte blanche.
Beaucoup sont ceux qui appellent à des sanctions exemplaires, mais peu sont disposés à les endurer sans crier au règlement de comptes s’ils étaient reconnus coupables de corruption active ou passive. Enfin, nous faisons chorus pour que Tertius Zongo tape dans la fourmilière ; or taper dans la fourmilière signifie taper sans discernement avec ce que cela pourrait causer comme tort en cas d’erreur.
Pour ce faire, la sagesse nous commande à chacun de faire son examen de conscience, de déceler ses inconduites et d’œuvrer à les corriger avant de voir en l’autre le corrompu parfait qu’il faut réprimer à la va-vite en oubliant que soi-même on est loin d’être blanc comme neige.
Si on a dénoncé la justice à très grande vitesse de la Révolution d’Août, le bon sens commande qu’on ne retombe pas dans les mêmes erreurs.
Cela dit, à écouter le discours du chef du gouvernement à Ouahigouya, ceux qui, parce que n’ayant rien à se reprocher, attendent des actes forts seront bien servis ; de même que ceux qui, bien qu’indélicats, estiment avoir affiné leurs méthodes ou bien camouflé leurs indélicatesses. Alors, ‘’doucement, doucement, nous sommes pressés.’’

Zoodnoma Kafando

L’Observateur



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