Technologies

Etats généraux des TIC : faire avancer les TIC au Burkina, c’est possible

Pourquoi les TIC n’avancent pas au Burkina, voir grand et commencer petit.

Ces deux dernières décennies, ayant participé aux grands évènements TIC en Afrique et dans le monde et contribué au niveau de la société civile à l’émergence des TIC pour accessibles, je me permets de donner quelques idées pour des TIC pour porteuses d’espoirs dans nos communautés.
je profite des états généraux des TIC pour réavancer mes idées.

Le Burkina Faso brille par son audace et son génie et on est toujours classé parmi les pays les plus innovateurs dans les TIC, à commencer même par la télévision dans les années1960 , le centre national de traitement de l’information (CENATRIN), la mise en place de la e administration avec des outils comme le SIGASPSE et la SYDONIA et plus récemment le projet e-conseil de ministres et le guichet électronique de l’administration publique (e-concours.gov.bf) pour faciliter l’organisation des concours. Certaines innovations utilisées au Burkina sont très audacieuses comme le e-concours ou le e-conseil des ministres qui sont des plateformes qui n’existent pas encore en Afrique et quelques rares en Europe.

On peut se demander ce qui manque au Burkina pour décoller réellement dans le domaine des TIC.
Je vais aborder quelques pistes de réflexions qui pourront être mieux peaufinées et approfondies plus tard.

La vision globale des TIC pour le Burkina : se séparer du misérabilisme.

Cette vision devrait être très claire : qu’est-ce que le Burkina a à gagner dans les TIC ? On chante tous les jours l’enclavement géographique du Burkina dans les discours et les mémoires des étudiants . les TIC permettent au Burkina de briser son enclavement géographique qui est devenu plutôt un enclavement mental qui limite les capacités de réflexion des Burkinabè : on démarre une idée avec un fort sentiment de défaite, puisque je suis enclavé, je suis perdant d’office. Les TIC en brisant cet enclavement redonnera l’espoir à toute la population.

La création d’une économie de services TIC.

Hormis cette année difficile pour le Burkina, il brillait par la stabilité qui lui permet d’aller de l’avant avec la confiance d’éventuels investisseurs. La position géographique du Burkina (située au cœur de l’Afrique de l’Ouest) la permet d’être une place de choix pour les affaires et pour le monde des études. Il ya plus de 25 nationalités dans les universités publiques et privées au Burkina, ce qui montre l’attractivité qu’offre ce pays pour les études. La qualité des études et la vie abordables alliées à une population paisibles secrètent un sentiment de confiance en Afrique. La remontée en force de l’esprit révolutionnaire à la Sankara va encore amplifier ce sentiment : qui n’aimerait pas aller étudier au pays de Sankara ?

La création de cette économie de services TIC va relier 3 entités : les universités, écoles, associations et instituts spécialisées en TIC, le monde des affaires dominé par l’informel, creuset pour la création de milliers d’applications adaptés et l’Etat, sensé encadrer et donner de l’élan à ,l’ensemble. Pour être simple, à partir de la demande concrète des entreprises formelles et informelles (même la demande des vendeuses d’eau glacée ou des taximen, des paysans et associations), les écoles et autres instituts TIC vont travailler à la satisfaire. L’Etat, de connivence avec les Banques aideront financièrement le privé à développer ces outils ou services et ensuite à les replacer sur le marché. Les meilleurs succès dans le domaine des services TIC viennent de l’observation du marché informel. L’étude que nous avons réalisé il ya de cela 5 ans dans trois pays africains a montré que la créativité dans le domaine des TIC est plus du ressort de l’informel que du formel et que le formel profite de l’informel pour se développer. L’exemple la plus frappante est le dispositif électronique de transfert d’argent inventé par l’informel et très vite récupéré par les opérateurs de télécommunication. Les vendeurs de cartes de recharges constituent une main d’œuvre gratuite pour les opérateurs de télécommunication.

Compter sur l’existant pour se projeter dans le futur.

La mode en Afrique consiste aujourd’hui à rêver à de grands technopoles à la silicon valey. Bien que ce rêve soit justifié, on se ferme les yeux sur le potentiel existant qui attend à être exploité. Des dizaines de centres informatiques et de télécentres se vident fautes d’usagers, de dizaines de jeunes après leurs études passent leurs temps à bricoler et surtout nettoyer les disques durs de leurs clients à telle enseigne qu’ils oublient toute notion de programmation. Plutôt que de rêver à des investissements couteux, il serait préférable d’investir dans la connectivité des centres existants afin de créer des pôles d’émulation et de créativité. Les problèmes de connexion ont occasionné des tas de fermetures de centres d‘innovations et d’accès communautaires et il reviendra nettement moins cher de se concentrer sur ce volet et proposer des emplois par projet aux jeunes pour commencer. Exemple, au lieu de lancer un avis d’appel d’offre international pour faire un travail, donnez la chance à quelques jeunes développeurs en leur demandant de travailler ensemble et les coachant. Ils iront occuper les dizaines de salles vides des télécentres publics ou communautaires où on les appuiera avec une bonne connexion et de l’énergie solaire.
Non seulement les jeunes produiront un résultat satisfaisant, mais on disposera de ressources humaines disponibles et peu coûteuses que les experts qui feront tout pour revenir tous les 3 mois réparer des pannes provoquées.

Travailler sur des concepts de matériels adaptés et d’industrie locale

Nous dépensons des milliards chaque année pour acheter des logiciels, antivirus et autres. Nous dépensons des millions pour acheter des cartouches d’encres liquides et en poudre.

On peut réduire les frais en commandant du matériel adapté et homogène et plus tard on pourra concevoir nous même les imprimantes et autres grâce aux imprimantes 3D.
Si on choisi un type de matériel donné, cela va réduire les coûts de maintenance à court terme et à moyen terme, on pourra concevoir nous même des outils adaptés pour les grands usages (imprimerie numérique….) Par exemple, un litre d’encre en couleur coute environ 500 000 FCFA. En utilisant ou commandant des imprimantes appropriées, on pourrait réduire de 70% ce coût par le biais des cartouches rechargeables.

Ce sont des choses qui paraissent insignifiantes, mais, qui conjuguées va donner une industrie solide dans le domaine des TIC.
L’utilisation des logiciels libres combinées à des serveurs locaux pourront aider également à économiser les ressources Internet au lieu de vouloir augmenter la bande passante à l’infini.

Pour conclure, disons que nous avons toutes les briques à notre portée pour avancer dans le domaine des TIC et on peut d’ores et déjà commencer avec nos propres forces et attendre plus tard des soutiens externes.


Sylvestre Ouédraogo,
Enseignant Chercheur Université Ouaga II

Responsable filière Economie et Gestion des Entreprises
d’Economie Sociale et Solidaire (MEGEES), Université Ouaga 2
Responsable Pédagogique et Scientifique Institut de Formation Ouverte à Distance, (IFOAD)
Responsable Yam Pukri Association

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