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Démocratie impossible sans démocrates, sans culture démocratique : quels enseignements tirer de la diffusion des TIC ? première partie

Plusieurs centaines de pages ont été nécessaires aux éminents auteurs comme Robert Dalh, Loïc Blondiaux, etc. pour n’aborder qu’une facette de la démocratie et sa mise en œuvre. S’inscrivant dans la quête d’une démocratie solide pour notre pays, il est fondamentalement question ici, d’exposer et de partager une préoccupation issue de l’observation comparée de comportements des citoyens vis-à-vis de la politique d’une part, et d’autre part, vis-à-vis des TIC (en 1ère et 2ème parties).

I. TIC et l’expression démocratique

Il est indéniable qu’il y a une influence réciproque entre TIC (Techniques de l’information et de la communication) et démocratie. Les TIC permettent en effet, l’explosion de l’expression des citoyens à travers les réseaux sociaux, pratiques que certains auteurs dénomment « démocratie internet ». Flichy et Mercklé Pierre ont appelé ce phénomène, « démocratie 2.0 ». En revanche, les politiques tiennent compte de ces opinions dans l’action ou utilisent tout simplement ces mêmes canaux pour communiquer avec leurs concitoyens.

On se rappelle encore du célèbre tweet de Valérie Trierweller, ex-compagne du Président François Hollande, menant une contre-campagne à l’endroit de Ségolène Royale en France, de même que du tweet largement diffusé du Président OBAMA au lendemain de sa victoire à la présidentielle américaine, montrant sa photo en accolade avec Michelle OBAMA. Plus près de nous, dans une étude pointue, on peut s’intéresser à juste raison à la contribution d’un média en ligne comme Lefaso.net à la construction de la démocratie burkinabè. Par ailleurs, dans certains cas, en fonction du degré d’autoritarisme, les TIC peuvent se voir plus ou moins surveiller, réguler, voire suspendus tout simplement par le pouvoir en place (…)

II. Donner du contenu concret et des enjeux fiables à la démocratie

En lieu et place du regard parallèle ci-dessus, intégrant ces deux éléments - démocratie et TIC -, certes difficilement dissociables, le présent point jette un regard sur leurs diffusions séparées sur notre cher continent. Le motif principal qui sous-tend cette démarche, est la difficile mise en œuvre de la démocratie en Afrique noire francophone, contrairement à la fulgurante propagation des TIC qu’on y constate. En d’autres termes, notre préoccupation est la suivante : comment s’inspirer du succès des TIC auprès des populations à la base pour une propagation et une appropriation conséquente de la démocratie dans certains Etats africains ?

Les arguments mis en avant par certains penseurs pour expliquer le phénomène démocratique difficile en Afrique noire francophone est son caractère récent et exotique, c’est-à-dire, le fait qu’il soit le produit d’une récente importation. En effet, une certaine opinion locale non négligeable n’est-elle pas influencée par les pensées du genre : « (…) est-ce que le chef est mort, pour prétendre le changer ? » Dans son ouvrage intitulé « Culture et démocratie », Guy Hermet bâtit une argumentation solide visant à démontrer la bonne qualité d’une démocratie issue d’une sociogenèse interne (générée à l’interne et allant de paire avec l’évolution de la société) que je nomme « processus démocratique ascendant » (bottom up).

Hormis cet argument, la conception utilitariste (valorisation de l’utilité pratique des choses) théorisée entre autres par Hume et Bentham, devrait permettre d’alimenter la réflexion sur cette problématique en se fondant sur la diffusion du téléphone portable.

Les TIC ont cette particularité de reposer fondamentalement sur l’informatique. Les informaticiens nous apprennent quant à eux que la logique informatique repose elle-même sur la combinaison de deux chiffres exclusifs : le 0 et le 1. Une haute abstraction, est-on tenté de dire ! Pourtant, l’aspect abstraction de l’informatique est vite oublié dans notre vie quotidienne au regard de ses multiples interfaces pratiques et utilitaires que sont l’ordinateur, les plateformes internet, le téléphone portable, etc. Ce génie ou mieux, cette sorcellerie réalisant le miracle du passage de l’abstraction informatique (0 et 1) connue des seuls initiés, à l’interface TIC palpable par tous est l’élément qui focalise notre attention. La pensée paraît complexe, mais n’en faisons pas un drame car en langue dioula, dit-on que « c’est dans la complexité de la pensée que le dolo – bière locale - a jailli du mil ». Dans cette logique, on peut arriver à cerner le lien entre l’ivresse et le mil rouge. Ce dernier qui, suite à un processus long et complexe, est transformé en bière, dont la consommation abusive conduit le buveur à l’ivresse.

La démocratie rencontre des obstacles dans plusieurs milieux, certainement aussi parce qu’elle est davantage abstraite, idéologique ou encore immatérielle. A juste raison, on peut se poser la question suivante : qu’est-ce que la grande masse de la population sait du libéralisme, du néolibéralisme, de la sociale démocratie, etc. ? Pour cette raison, il y a lieu de saluer l’initiative noble de certains concitoyens qui ont partagé leurs réflexions sur les médias, en vue de clarifier l’opinion sur la compréhension de ces concepts.

Pour que la démocratie soit appropriée et massivement consommée par les citoyens à l’instar de certains outils TIC, tâchons de lui donner un contenu et des enjeux concrets accessibles à tous, au-delà des seuls techniciens juristes, politologues, philosophes, historiens, journalistes, bref, au-delà des seuls savants. Cette opération est possible en y associant avec hauteur de l’esprit, des enjeux et des valeurs nobles symboliques, matérielles et utilitaires pour en faire des repères d’identification aux yeux du citoyen lambda. Le résultat sera prometteur sans doute. Cette conviction vient du constat simple de l’effet stimulateur des t-shirts et gadgets divers à la participation des citoyens lors des consultations électorales !

Pour ces braves dames des campagnes burkinabè par exemple, la démocratie ferait mieux de s’identifier tout d’abord aux solutions concrètes de leurs soucis du quotidien. Il s’agit entre autres, de la disponibilité de la nourriture et d’eau potable en quantité et en qualité pour tous les ménages, l’éducation massive - y compris une éducation sincère à la citoyenneté -, l’alphabétisation et la santé pour tous ! De la même manière, pour l’internaute, la démocratie c’est entre autre aussi, la liberté d’accès à l’information et la liberté de prendre part au forum, etc. En liant toutes ces choses à la démocratie, du coup, les itinéraires et les destinées de celle-ci et de ces choses deviennent les mêmes dans la conscience collective. La rupture de ces éléments devient la rupture de la démocratie tout comme leur expansion devient aussi la diffusion et la promotion de la démocratie. Poursuivant avec l’exemple sus- cité, l’internaute qui identifie la démocratie à l’accès libre à l’information et au forum, verra tout de suite une démocratie en crise avec une suspension prolongée des médias en ligne, surtout en périodes sensibles.

De même, une démocratie identifiée à l’exercice de la citoyenneté, comme le vote, la liberté d’opinion et d’autres formes de participation, serait en crise aux yeux des citoyens si cette citoyenneté est bafouée. Toujours dans la même logique, la référence aux dispositions d‘articles donnés de la Loi fondamentale comme éléments clés de la démocratie, amène du même coup les citoyens à voir une crise dans la démocratie, si éventuellement ces dispositions viennent à être remises en cause sans leurs consentements. C’est ici, toute la difficulté qui divise à ce jour, le peuple burkinabè autour de l’article 37 de notre Loi fondamentale !

Ces exemples démontrent qu’à la démocratie, il faut en réalité donner un contenu et des enjeux palpables plus ou moins stables, évidemment variables d’un pays à un autre et connus de tous. Sans cette précaution préalable, la démocratie devient une boîte de pandore, sujette à toute forme de supputations et de spéculations, pouvant aller jusqu’à la haine pour la démocratie elle-même ! Sans exagérer, Platon et Aristote, ces deux illustres penseurs grecs de référence ne nourrissaient-ils pas du mépris affiché pour la démocratie !

Fort de ces arguments, il n’est pas hasardeux de dire que l’enracinement de la démocratie n’est pas nécessairement une question de temps mais davantage, une question de volonté des forces politiques, économiques et sociales. A cet effet, l’argument de l’ancienneté de la démocratie américaine vieille de plus de deux cents ans, brandi souvent pour justifier le retard démocratique de certains pays africains mérite d’être relativisé (...)

Par conséquent, l’éveil des peuples, leurs déterminations, les choix lucides des gouvernants, la détermination de l’Union africaine et de la CEDEAO à condamner avec fermeté les coups d’Etat militaires et les fraudes à la Constitution sont autant d’éléments volontaristes, pouvant militer favorablement à un enracinement profond de la démocratie dans la sous-région ouest africaine …

(A suivre …)

Idrissa DIARRA

Géographe, Politiste.

Membre-fondateur du Mouvement de la Génération Consciente du Faso (MGC/F).

Courriel : diarra.idrissa@rocketmail.com

http://www.lefaso.net/spip.php?article59530



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