Forums de discussion des média en ligne : A la recherche de solutions pour une régulation plus efficace

Le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) a organisé, ce jeudi 04 décembre 2013, une rencontre d’échanges sur « la régulation des forums des médias en ligne : défis et opportunités ». L’objectif de ce panel est d’aboutir à une gestion saine des forums des médias en ligne. L’expérience de la pratique de la modération des forums des médias en ligne avec pour cas d’école le quotidien « Le Pays » et le portail Lefaso.net. Le cadre juridique et institutionnel des services et transactions électroniques et la régulation des forums de discussion ont également constitué la trame des échanges.

La première communication intitulée « cadre juridique et institutionnel des services et transactions électroniques au Burkina Faso » a été animée par Sibiri Ouattara, secrétaire général de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). L’on retient de son intervention qu’en matière de commerce électronique ou du journalisme en ligne, trois principes régissent la signature électronique. Il s’agit de la reconnaissance de la signature électronique en toutes matières, la possibilité pour toute personne morale de disposer de sa propre signature électronique et l’assimilation de plein droit de la signature électronique sécurisée liée à un certificat électronique qualifié à la signature manuscrite. Ces principes sont régis par la loi n°045/2009/AN du 10 novembre 2009 qui règlemente les services et transactions électroniques.

Des sanctions sont prévues si les textes ne sont pas respectés. Selon le communicateur, il s’agit, entre autres, de l’avertissement, de la mise en demeure, la sanction pénale. Il faut noter que ce cadre législatif confère à l’ARCEP les fonctions d’accréditation, de contrôle et de médiation. M. Ouattara précise, toutefois, que la régulation de la publicité n’est pas du ressort de son institution, mais plutôt du Conseil supérieur de la communication.

« Le Pays » n’a pas créé un site web par snobisme

Cette communication a été présentée par Beldh’or Cheick Sigué, directeur de publication du journal. Si son journal a créé un site web, www.lepays.bf, dit-il, « ce n’est pas par snobisme mais parce que, pour nous, avoir une fenêtre ouverte sur le monde représentait à nos yeux un énorme enjeu ». Le succès du forum de discussion a amené les responsables du journal à publier un échantillon des réactions dans les colonnes du support papier, dans la rubrique « Tribune des internautes », parce que tout le monde n’a pas accès à Internet. Et M. Sigué d’ajouter que « certaines choses qui se disaient sur Internet étaient suffisamment intéressantes pour être publiées sur le support papier à condition que cette tribune ne serve pas de défouloir ».

Lancée le 04 novembre 2008, la « Tribune des internautes » a atteint sa vitesse de croisière le 15 novembre 2008 suite à l’accent survenu sur l’axe Boromo-Bobo Dioulasso ayant occasionné 68 morts. Le communicateur souligne que le journal a publié à l’époque un commentaire qui a suscité de nombreuses réactions de la part des internautes. Depuis lors, les forumistes ne cessent d’affluer sur cet espace pour exprimer divers points de vue. Mais le directeur de publication laisse entendre : « Nous mesurons le risque du cadeau que nous leur offrons, mais à côté des risques, il y avait cette belle opportunité d’attirer plus de lecteurs ». Le forum de discussion, poursuit-il, est formateur dans la mesure où « les journalistes décèlent des angles nouveaux de traitement de l’actualité à travers des réactions permanentes des internautes ».

Le directeur de publication de « Le Pays » pense que la tribune des internautes constitue un grand atout pour l’exercice de la liberté d’expression, mais elle constitue une menace si l’on n’y prend garde. Et son journal a opté pour une modération a priori. C’est faire preuve, selon lui, de mesure, de pondération.

L’expérience du portail Lefaso.net

Le Dr Cyriaque Paré a également partagé l’expérience de son journal en matière de modération des forums de discussion. Lefaso.net a ouvert cet espace en même temps que le site lui-même, c’est-à-dire en octobre 2003. A l’instar d’autres sites, les forums ont connu un grand succès auprès des lecteurs. S’agissant de la gestion de ces espaces de discussion, M. Paré précise que depuis sa création, Lefaso.net a opté pour la modération à priori. En termes de statistiques, Lefaso.net reçoit, en moyenne 500 contributions par jour, en fonction de l’intérêt des sujets. Une bonne partie des contributions est lue et validée. Malheureusement, une partie non négligeable des contributions est purgée au bout d’un trimestre, entraînant une censure de fait. Du 1er septembre au 4 décembre 2013, ce sont 15 607 contributions des forumistes qui n’ont pas encore été lues.

Selon le Dr Paré, la gestion des forums sur Lefaso.net est diversement appréciée par les internautes. Malgré la mise en place d’un médiateur à la demande de l’Observateur Burkinabè des Médias (OBM), le fondateur du site regrette que, celui-ci ait très peu, sinon jamais été saisi jusqu’ici. Lefaso.net travaille sur la mise en place d’une charte explicite qui de l’avis du promoteur va indiquer les règles à respecter dans ces espaces de discussion. Mais, la charte n’est pas la panacée, se convainc-t-il.

Vers une charte des forumistes

Dans sa communication, Domontoa Jean Paul Toé, chef du département des Etudes et des Programmes du CSC, mentionne qu’il n’existe pas de texte spécifique sur le fonctionnement de la presse en ligne. Ce sont les dispositions du code de l’information qui règlementent ce type de média. A cela s’ajoute la prise en compte de la presse en ligne dans la loi organique qui régit le CSC. S’agissant de la modération des espaces de discussion, l’autorité de régulation recommande la modération à priori. Elle consiste à vérifier une à une les contributions des membres en vue de leur publication. Cette formule de régulation permet de supprimer tous les écrits tendant vers la dérive.

Au regard des difficultés soulevées sur la question, l’instance en charge de la régulation recommande, entre autres, l’affichage d’une charte de commentaire à l’endroit des internautes notamment les droits et les obligations des internautes, l’inscription des internautes auprès des sites et le renforcement de la communication.

La présidente du CSC, Béatrice Damiba qui a présidé cette rencontre d’échanges a émis le vœu qu’une loi spécifique règlementant le fonctionnement de la presse en ligne soit adoptée dans les années à venir. De l’avis de la présidente, des cours d’éducation aux médias électroniques s’avèrent également indispensable afin d’instaurer la politesse et la courtoisie dans les espaces de discussion des médias en ligne.

Eric Ouédraogo (Stagiaire)

http://www.lefaso.net/spip.php?article57020&rubrique6



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